Thérapies narratives : redonner du sens à son histoire de vie
Par Roselyne Reybaud
Offrant un réel espace de dialogue permettant à chacun de retrouver une pleine liberté d’action, les thérapies narratives permettent de déconstruire les récits limitants de son existence. Ainsi, comme nous allons le voir à travers ce guide, cette méthode aide le patient à se détacher de sa problématique en le considérant comme une entité distincte.
Qu’est-ce que la thérapie narrative ?
Ce que l’on appelle la thérapie narrative est une approche de la psychologie contemporaine, visant à séparer fondamentalement l’individu de son problème central, dans le but d’en réduire l’influence négative. En effet, la pratique part du principe que notre réalité et notre identité sont façonnées par les histoires que nous racontons sur nous-même, elles-mêmes dictées par un contexte social.
Ainsi, il est tout simplement essentiel d’explorer et de réévaluer nos croyances et valeurs pour mieux déconstruire un récit dominant pour retrouver le pouvoir et la parole en notre destinée.
D’où viennent les thérapies narratives ?
Historiquement, les thérapies narratives ont été développées à la fin des années 80 par les psychologues australiens Michael White et David Epston. Il faudra ensuite attendre l’année 1990 pour voir cette pratique clinique mise en avant publiquement à travers un ouvrage essentiel : Narrative Means to Therapeutic Ends, ou Les moyens narratifs au service de la thérapie en version française.
Depuis le prestigieux Dulwich Centre, fondé par Michael White en Australie, les thérapies narratives se sont étendues au monde entier. Et de nos jours, elles influencent la vision de nombreux spécialistes tels que Georges Rouan ou Serge Mori.
Comment se déroule un accompagnement en thérapie narrative ?
Durant une thérapie narrative – ou narrative therapy selon les pays -, une conversation thérapeutique a lieu entre où le patient et son thérapeute explorent l’expérience vécue sans le moindre jugement. Cette dynamique permet de redéfinir les relations qu’une personne peut entretenir avec son environnement, en fonction de ses blocages.
La phase d’externalisation du problème
Tout d’abord, le praticien va aider son patient à isoler son problème, démontant alors que ces troubles ne définissent pas sa structure de personnalité profonde. C’est en objectivant la difficulté que le patient va réussir à reprendre le contrôle sur sa vie, notamment en diminuant le poids des étiquettes négatives.
L’exploration des récits alternatifs
En deuxième étape et une fois le problème placé à une bonne distance, l’accompagnement thérapeutique va ensuite se concentrer sur la recherche d’exceptions. Plus simplement dit, ces moments où le patient a sû gérer et surmonter ses propres difficultés. Ces récits alternatifs vont aider ce dernier à raviver sa confiance en soi en s’appuyant sur des succès concrets. Le processus va permettre l’émergence d’un nouveau chapitre de vie, beaucoup plus axé sur l’espoir et les solutions.
La consolidation d’une nouvelle histoire de vie
Enfin, le thérapeute va achever son travail de fond en ancrant ce nouveau récit grâce à l’enrichissement de nombreux détails. Ce renforcement de l’identité va permettre à son patient de développer une plus forte estime de soi, tout en se projetant plus sereinement vers l’avenir. Son histoire de vie va donc être réécrite de manière plus valorisante, alignée avec des intentions réelles.
Thérapie narrative et autres approches : quelles différences ?
Là où une psychanalyse dite classique va, avant tout, s’appuyer sur une interprétation réalisée par un praticien, les approches narratives, elles, considèrent le patient comme le seul acteur actif concernant sa propre existence. Ainsi, plutôt que de chercher à guérir un individu, le but va être de dissoudre la présence du problème en modifiant la narration identitaire.
Cette posture non normative va permettre une expérience profondément déculpabilisante pour les personnes accompagnées, axée sur les ressources plutôt que sur les déficits.
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FAQ
La thérapie narrative est-elle reconnue et encadrée en France ?
Oui, cette approche a su se professionnaliser au fil du temps en France. On retrouve notamment de nombreux instituts spécialisés qui proposent des cursus dédiés aux professionnels de l’accompagnement. À l’image d’une formation en PNL, qui exige un apprentissage rigoureux de la posture, de l’éthique et des outils de conversation.
Combien de séances faut-il en moyenne pour observer des changements ?
Il s’agit généralement d’une approche extrêmement brève, même si la durée de l’accompagnement peut dépendre de la complexité de l’histoire de chacun. En règle générale, quelques séances ciblées peuvent suffire à amorcer un changement durable.
Peut-on pratiquer la thérapie narrative sur soi-même sans accompagnement ?
Oui, il est tout à fait possible de se servir de certaines techniques de questionnement afin de s’auto-analyser. Cependant, la présence d’un praticien expérimenté reste souvent cruciale, car son écoute et son effet “miroir” permettent de débusquer les récits dominants qui demeurent souvent invisibles à nos yeux.
Thérapie narrative et écriture thérapeutique : est-ce la même chose ?
Si ces deux approches sont complémentaires, elles demeurent néanmoins distinctes. La thérapie narrative se déroule principalement à l’aide de conversations orales collaboratives, là où l’écriture thérapeutique est un outil individuel d’expression émotionnelle.
La thérapie narrative est-elle adaptée aux enfants et aux adolescents ?
Absolument, ce processus est d’ailleurs extrêmement pertinent et puissant avec les plus jeunes, car il s’apparente naturellement au jeu et à l’imagination. L’approche narrative va permettre d’aborder et de traiter de nombreuses difficultés, sans jamais les stigmatiser, ce qui facilite grandement l’engagement des enfants et/ou des adolescents dans ce processus de changement.

