Gregory Bateson : comprendre sa pensée pour éclairer les systèmes humains
Anthropologue, psychologue et théoricien de la communication, Gregory Bateson est un auteur majeur des sciences humaines du XXe siècle. Il est notamment reconnu pour sa vision sur la pensée systémique ou encore sur sa théorie de la double contrainte. Encore aujourd’hui, ses idées irriguent la thérapie brève, la PNL ou de nombreuses approches de coaching en France comme à l’international.
Qui était Gregory Bateson ?
C’est en plein cœur de l’Angleterre et au sein d’une famille de scientifiques que Gregory Bateson naît en 1904. Après une formation à Cambridge, il s’oriente rapidement vers l’anthropologie, ce qui le mène à rencontrer sa future épouse, Margaret Mead, et à articuler anthropologie, communication et écologie dans une même démarche.
Débordant d’ambitions et touche-à-tout, Bateson navigue rapidement entre différents secteurs – psychologie, biologie, anthropologie, écologie, etc -, ce qui en fait une figure inclassable des sciences sociales. A la suite de son installation aux Etats-Unis, il commence à travailler à Palo Alto, ce qui donnera naissance à l’approche systémique et à un regard neuf sur la thérapie.
Parmi ses ouvrages les plus incontournables, nous retrouvons “Vers une écologie de l’esprit “ – ou en version originale “Steps to an Ecology of Mind” – un recueil de textes fondateurs sur la communication, les systèmes et l’écologie de l’esprit. Encore aujourd’hui, ses écrits continuent d’inspirer la recherche en SHS et la psychologie de nombreux praticiens.
Les fondements de la pensée systémique chez Bateson
Ce que l’on appelle la pensée systémique est en réalité l’idée qu’un comportement n’a de sens que si celui-ci est inscrit dans un système de relations. Influencé par la cybernétique et les conférences Macy, Bateson reprend la notion de boucle de rétroaction afin de mieux comprendre la dynamique des systèmes humains. Par exemple, un simple symptôme est perçu comme un élément d’un système plus large, souvent stabilisé par les tentatives de solution de l’entourage.
Cette approche systémique a profondément marqué l’école de Palo Alto, se concentrant sur les interactions plutôt que sur les causes internes. Cette révolution inspire encore aujourd’hui de nombreux coachs, que ce soit dans le cadre de la thérapie ou de l’analyse des organisations. Elle éclaire également de nombreux processus d’apprentissage (URL : processus d’apprentissage), des modes de communication ou la gestion de biais cognitifs.
La double contrainte
Définition rigoureuse de la double contrainte
Selon la définition de Bateson, la double contrainte est une configuration de communication qui répond à plusieurs conditions. Tout d’abord, cette situation implique au minimum deux personnes dans une relation importante. Par exemple une relation de couple ou une relation entre des parents et leur enfant. Ainsi, cette expérience est répétée pour s’inscrire dans un schéma relationnel récurrent, ce qui empêche l’individu de la traiter comme un simple malentendu ponctuel. En cas de non-respect, une injonction primaire – souvent verbale – est choisie, comme une punition implicite. Des injonctions secondaires et tertiaires peuvent également être utilisées, empêchant les acteurs de quitter la situation.
Exemples concrets de double contrainte
L’exemple le plus classique de la double contrainte est celui entre un parent et son enfant. L’un des deux dit verbalement à l’autre de lui faire un câlin, et celui-ci, transmet un message non verbal de rejet mais s’exécute néanmoins. Ce qui peut créer une certaine confusion. Dans le monde professionnel, un double contrainte peut apparaître lorsqu’une organisation prône la prise de risque et la réinvention, tout en sanctionnant ses collaborateurs à la moindre erreur. Il s’agira alors, à l’aide d’un coaching ou d’une thérapie ciblée, de travailler sur ces schémas qui maintiennent les problèmes au lieu de les résoudre.
Les niveaux d’apprentissage selon Gregory Bateson
Inspirés par la théorie des types logiques et de la cybernétique, Gregory Bateson propose plusieurs types d’apprentissage : 0, 1, 2 et 3. Chaque niveau a pour but de renvoyer à une profondeur différente de changement dans la manière de percevoir, d’agir et d’interpréter le monde.
Apprentissage de niveau 0 et 1
L’apprentissage de niveau 0 correspond à une réponse stéréotypée à un stimulus, c’est-à-dire sans correction ni prise en compte de l’expérience. Il s’agit alors d’une réaction classique et automatique, mais qui peut néanmoins être adaptée. L’apprentissage de niveau 1, lui, implique un ajustement en fonction du résultat obtenu. Par exemple, en cas d’échec, l’organisme ou la personne tente une alternative pour atteindre le même objectif. En coaching, beaucoup d’outils ciblent le niveau 1. On travaille sur de nouveaux comportements ou de nouvelles compétences, sans pour autant changer le contexte identitaire ou relationnel.
Apprentissage de niveau 2
L’apprentissage de niveau 2 touche à la manière dont un système apprend à apprendre, en faisant face à de nombreux changements ou schémas d’interprétation. L’exemple le plus parlant est une équipe qui ne va pas se contenter de changer de procédure, mais chercher à revisiter sa manière de concevoir la responsabilité et la coopération. Pour résumer, ce niveau 2 correspond à un travail profond sur les croyances et la culture d’entreprise.
Apprentissage de niveau 3
L’apprentissage de niveau est beaucoup plus rare, car difficile à stabiliser. Il renvoie à un changement profond du système d’orientation globale pour un individu ou un groupe via un processus de décision. Il touche à la manière dont la réalité est catégorisée, et peut s’apparenter à une transformation radicale de l’esprit ou de l’identité. Dans les faits, la plupart des accompagnements se situent entre les deux premiers niveaux, tandis que le niveau 3 sert surtout de repère théorique pour penser les limites et les risques de transformations trop brutales.
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FAQ
Pourquoi les écrits de Gregory Bateson sont-ils réputés difficiles ?
Les écrits de Bateson sont réputés difficiles pour le grand public car ils combinent anthropologue, cybernétique, philosophie et écologie au cœur du même mouvement, avec un style particulièrement dense et peu didactique.
Gregory Bateson a-t-il influencé la thérapie brève ?
Tout à fait. Bateson est une figure fondatrice de l’école de Palo Alto, courant qui est à l’origine même de la thérapie familiale et de la thérapie brève systémique et stratégique. Par ailleurs, ses recherches sur la communication et la double contrainte ont fortement inspiré de nombreux cliniciens comme Jay Haley ou Don Jackson.
Quelle est la vision de Gregory Bateson sur l’erreur et l’apprentissage ?
Pour Bateson, l’erreur est tout simplement indissociable du processus d’apprentissage. La changement ne peut pas exister, sans essai, sans ajustement et sans feedback permettant de progresser. L’erreur en soi, n’est pas une faute, mais davantage un signal qui permet au système de se réguler et, éventuellement, de changer de niveau d’apprentissage.

